dimanche 23 décembre 2012

Du lu ailleurs IV

La barre de la douleur

                                          I.M. Jacques Simonomis


Sa voix est de neige
sous la fourrure des mots
Son silence
en nous
                       voyage

Il faut passer la barre de la douleur
pour connaître les vagues
                   du souvenir

Ne plus entendre
contre la coque des jours
que le clapotement d'eau claire
d'une parole apaisée


Poème de Jacques Taurand publié dans le n°150 de Verso - septembre 2012.




Après-midi parachute


16 h et des poussières
coma artificiel
sur le canapé
les ombres de dehors
violent la tapisserie
les yeux sont imparfaits
les gestes manquent d'amour
Se réveiller au milieu de l'après-midi
est une chute dans le vide
et un parachute
qui ne s'ouvre pas

Poème de Guillaume Siaudeau dans le n°74 de la petite revue belge Microbe - Novembre-Décembre 2012.



La rumeur des vagues et
En contrepoint
Le cri des mouettes.
Rien.
Rien d'autre que
L'eau qui flue
Et des oiseaux qui piaillent.
Rien d'autre.
Là réside le secret.


Ma Bretagne,
C'est l'eau,
         La pluie,
         La boue,
Avec des lambeaux de ciel
Pris dans les flaques,
         Et ce grand vent fou
Qui nous dit notre dérisoire.
C'était les chemins creux,
         Les chênes têtards
Qui nous dictaient nos pas.
Ils ont tout rasé,
Il est trop tard.

Nous ne savons plus la route.


Poèmes de Yves Le Marchand parus Les Cahiers de la rue Ventura n°18 - décembre 2012.



Le "déjà vécu"


Il y avait ces jours de grand beau temps
quand je venais vous rejoindre
à la plage en fin de matinée.

Vous étiez partis devant
et je devais repérer sur le sable
vos serviettes vos sacs et le rouge
de notre vieux parasol Coca Cola.

La mer était basse
je cherchais à vous apercevoir
tout là-bas au bord de l'eau
entre les mares et les rochers.

J'aimais prendre le temps
de regarder la vaste étendue
les belles routes lumineuses
des ruisseaux de midi.

Quand j'apercevais vos silhouettes
je n'étais pas pressé de vous rejoindre
et je comptais - une fois de plus -
les marches de l'escalier de la plage

avec cette impression de "déjà vécu"
troublante et familière
que je sentais venir en moi
comme une sorte de bonheur.


Poème de François de Cornière extrait de "Nageur du petit matin", suite de poèmes parus dans le n°155 de Décharge - septembre 2012.



lundi 8 octobre 2012

A propos de quelques mauteurs du n°10

Jean-Christophe Belleveaux est né à Nevers, où il rêvasse ponctuellement lorsqu'il ne voyage pas. Il a animé la revue Comme ça et autrement durant sept années. S'essaie à une existence en poésie : écriture, lectures publiques, rencontres-débats, résidences d'écrivain...

Dernières publications :
- Episode premier, Rafael de Surtis, 2011.
- CHS, Contre Allées, 2010.
- Machine Gun, Potentille, 2009.
- La Fragilité des pivoines, Les Arêtes, 2008.
- La quadrature du cercle, Les Carnets du dessert de lune, 2006.
- soudures, etc. , Polder / Décharge, 2005.


Cédric Bernard est natif du Pas-de-Calais, où il s'est échoué sur les rives en 1983. Après des études de Lettres Modernes, il se tourne vers le professorat des écoles, spécialisé à présent dans la difficulté scolaire auprès des adolescents. Ayant essayé de jouer jeune avec les mots, après une longue pause, il s'est remis à écrire, comme une toux reprend un tuberculeux après l'accalmie d'une cure. Le blog "Les mots des marées" est la station de balnéothérapie de ses crachats, qui cherchent forme sur d'autres fenêtres.
Des textes ont été publiés dans des revues telles que FPDV, Le Capital des Mots, Poème Sale, Le Chant du Monstre.


Kévin Broda est né en 1981. A publié, en septembre 2012, un recueil intitulé Amour silencieux aux Editions Grinta (Roumanie) en version bilingue français/roumain (traduit par Letitia Ilea). Par ailleurs, des poèmes de lui ont paru dans les revues suivantes :
- en France : Le Coin de Table, Florilège, Libelle, Le Cerf-Volant, Traction-Brabant, Comme en poésie, Filigranes, Le Manoir des Poètes, La Forêt des Mille Poètes, L'Etrave, Portique, Ploc i, L'Autobus, Verso, Gong et Les Cahiers du Sens
- en Belgique : Inédit Nouveau
- en Pologne : Gazeta Kulturalna, Polis-Miasto Pana Cogito, PKPzin, Akant (traduction : Agnieszka Malinowska)
- en Roumanie : Cafeneaua Literara (traduction : Letitia Ilea)


Guillaume Decourt est né en 1985. Pianiste. A publié, en 2011, chez Gros Textes, dans la collection Polder, La Termitière (préface de Frédéric Musso). A paraître, en décembre 2012, aux Editions Le Coudrier, un recueil ayant pour titre Le chef-d'oeuvre sur la tempe. 
Il a publié également dans de nombreuses revues dont L'Atelier du roman (éditions Flammarion), Place de la Sorbonne (éditions du Relief), Remue.net, Borborygmes, Coaltar.net, La Passe...


Christophe Liron est né en 1958, à Millau. Plasticien et poète. Il est le président fondateur de l'association Passage à l'art, ainsi que celui des éditions associatives Clapàs.
Parmi ses publications poétiques :
- Rétrospectivement dense, Clapàs, collection Franche Lippée, 2012
- Poèmes à la carte, réalisation de 30 livres-objets, 2012
- Tifinite, Clapàs, collection Franche Lippée, 2010
- Alguns Poèmes (trilingue), éditions Llibres de l'Aljamia, Valencia (Espagne), 2008
- Signes semences, Clapàs, 2008
Bibliographie complète sur son site

Eric Savina est né en 1965 à Douarnenez. Professeur de batterie et percussions, il vit à Quimper. Il a publié dans de nombreuses revues, dont Verso, Traces, Rétroviseur, Comme en poésie, Traction-Brabant, Portulan bleu, Florilège, Interventions à haute voix, Pages insulaires, L'Autobus, Traversées (Belgique), Microbe (Belgique)...


François Teyssandier vit à Paris. Il a publié 3 pièces à L'Avant-scène théâtre et 2 recueils de poésie dont Livres du songe, aux Editions Belfond, qui a obtenu le prix Louise Labé.
A publié également des nouvelles dans les revues Nota Bene, Roman, Brèves, Moebius, Muze, Rue Saint-Ambroise, ADA Mag, Pr'ose, ainsi que 2 recueils collectifs, et des poèmes dans une trentaine de revues en France, en Belgique et aux Seychelles.

Marlène Tissot est née dans les seventies par accident - Vit à Valence - Dort très mal - Ecoute beaucoup de musique - Ecrit surtout la nuit, de préférence au stylo bille - Participe régulièrement à des revues (Freak Wave, L'Angoisse, Nouveaux Délits, Traction-Brabant, Dissonances, Microbe, Les Cahiers d'Adèle, Poésie/Première, Katapulpe, Magnapoets, Charogne, Le Zaporogue, On lit... ) - Auteur de : Celui qui préférait respirer le parfum des fleurs (juillet 2010, -36°édition, collection 8pA6) / Nos parcelles de terrain très très vague (novembre 2010, Asphodèle édition, collection Minuscules) / Mes pieds nus dans tes vieux sabots bretons (juillet 2011, -36°édition, collection 8pA6) / Maille à l'envers (janvier 2012, Lunatique éditions, collection Romans).



dimanche 16 septembre 2012

Edito du n°10

 
   Couverture : pastel de Chantal Godé-Victor

 

Jongleur de mots


C'est un matin au bord de la mer, il n'y avait personne autour de moi. J'écoutais le silence et les vagues, lorsque mon chien, soudain, s'est mis à aboyer. Alors j'ai vu, à six pas de moi, figure étrange, un clown blanc, visage poudré et yeux fardés, qui jonglait.
Face à mon regard étonné, il a dit :
Bien le bonjour ! Non, vous ne rêvez pas. Je suis bien là, en chair et en os, j'ai l'air d'un clown mais ne vous y fiez pas, je suis jongleur, écoutez-moi :
J'ai fait le tour de la terre, j'en ai vu des lieux et des gens, des pays hospitaliers et des contrées austères, des villages blottis au creux de hautes montagnes, des villes grouillantes, emplies de gens tellement pressés qu'ils en oublient de regarder le ciel et d'écouter le bruit que fait le vent. Ah ! si vous saviez combien de fois j'ai vu l'opulence côtoyer impudemment la misère, la sérénité affronter la peur, la douceur bannie par la guerre, combien de fois j'ai vu des yeux attendris, des cris, des pleurs, des tyrannies. Lorsque j'ai vu la joie, j'ai vu aussi l'horreur. Et je peux dire qu'entre le pire et le meilleur, notre monde est en équilibre sur un fil.
J'aurais dû être funambule mais le vieux m'a fait jongleur. C'est difficile, je m'y suis fait.
Vous voyez ces balles n'est-ce pas ? Ne vous y fiez pas. Ce sont des mots, des dizaines, des centaines, des milliers de mots. Des bons mots pour rire, des mots bons pour consoler, des mots magiques pour trier le bon grain de l'ivraie, des mots nouveaux pour dire le vrai contre le faux et réparer les injustices, des mots d'amour et d'amitié pour ouvrir l'âme au coeur et conjurer les mauvais esprits. Des mots qui transcendent l'espace et le temps et éternisent le printemps...
Le clown blanc a parlé ainsi un moment, et avant que j'aie pu, moi-même, dire un mot, il avait disparu.

Ami lecteur, je vous souhaite un bon voyage au fil des mots de ce dixième numéro de jonglerie. Il ne tient qu'à vous pour que s'ouvrent les portes des lieux où les jongleurs de mots oeuvrent pour un peu d'humanité. Modestement.

                                                Chantal Godé-Victor



dimanche 2 septembre 2012

Projet d'édition - souscription

Le roi du lard - Roman de Didier Malhaire :


On clique sur l'image pour voir d'un peu plus près la 4ème de couv ' !








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Editions "Les tas de mots" - 27 rue de la fosse Frandemiche - 14430 Le Molay-Littry

mardi 31 juillet 2012

Du lu ailleurs III

A gauche puis à droite peut-être
Les feux tricolores grésillent
Je marche depuis toujours
Sans savoir où
C'est ma façon de ne pas mourir
Bêtement dans un lit
Seul avec mon sexe.
J'aime les inconnues
Qui ne lisent pas le journal
Dans le métro
Tout bascule dans ma tête
Atrophie du cortex
A force de ne plus penser
Il reste peut-être le chant bleu des oiseaux
Dans les arbres vierges
Trente-cinq degrés à Bordeaux
J'aime le vin fort de la poésie
Et les clochers des cathédrales
Pourtant je ne lève presque plus
Ma tête.

Poème de Michel Merlen paru dans le n° 154 de Décharge 


Rouge-gorge
des derniers soleils de novembre
je t'ai trouvé mort ce matin
fleur fanée
sur les pierres de la terrasse.

Nous avions été trois semaines
compagnons de même existence
je bêchais tu chantais
la vie donne parfois ces bonheurs.

Sans le savoir c'est ton bûcher
de branches et d'herbes séchées
que j'avais dressé au jardin.

J'ai mis le feu
repris ma bêche
et sanctifié mon travail
à la fumée de tes funérailles.

Poème de Jean-Marie Alfroy paru dans le n°110 de Friches


DES PARABOLES

Une orange n'est jamais une pomme
de même qu'un caniche n'est pas un hippopotame
un dictateur n'est pas démocrate
un enfoiré rarement prix Nobel
un imbécile souvent assez heureux
mais pas toujours

Une orange est fortuitement une orange
c'est assez fréquent mais dans certains cas limites
et cela mérite une attention extrême
une orange est tout sauf une orange

C'est assez curieux
cela m'a été démontré par un savant
perché sur une girafe dont le cou flexible
décrivait des paraboles très pures

Il avait donc raison

Un homme n'est pas toujours un homme
mais un chimpanzé parfois en est un.

Poème de Alfonso Jimenez paru dans le n° 46 de Traction-brabant



Mausolées des amours perdues


Il avait écrit des livres
& des plaquettes
dédiés
aux femmes
qu'il avait aimées

ne parlons pas des poèmes

finalement
les livres survivaient
mieux
que les amours.


Poème de Hervé Merlot paru dans le n°72 de Microbe

mercredi 4 juillet 2012

Des bouts de tas

Je pense souvent à ma grand-mère, à mon grand-père, à mon beau-père, à mon frère, tous au fond du trou.
Depuis belle lurette qu'ils sont morts.
En attendant, je me sens mieux enraciné avec des têtes de mort qu'avec tous ces vivants en fleur dans leur peau.

Je reviendrais volontiers à hier, celui de jadis. Naguère est trop proche.
Et je ne suis pas nostalgique, surtout pas.
Mais à marcher dans ce présent et à devoir le traîner, à présent, partout sous la semelle, vraiment l'avenir sent trop la merde.

                                                      Fabrice Marzuolo - tas de mots n°9 - été 2012






La dame au petit chien


La dame au petit chien
(en plastique)
Est assise sur un banc
(son chien sur les genoux)
Près de l'homme au chapeau vert
(son chapeau dans la main)
Il lui demande
En quelle année
Tout ça a commencé
Elle lui répond
Qu'elle n'en sait rien
Les années se mélangent
L'homme au chapeau vert
Se lève alors
(son cul sale et tout mouillé)
La salue
(son chapeau dans la main)
La dame restée
Seule
(son chien sur les genoux)
Fixe droit devant elle
Un point
De l'horizon
Qui ne s'ouvre jamais
En caressant le chien
(en plastique)

                                                           Thierry Roquet - même tas

lundi 2 juillet 2012

A propos de quelques mauteurs du n°9

Fabrice Marzuolo est né en Lorraine et travaille à Paris. Parmi ses recueils et plaquettes :"La diligence ne passe pas avec les aboiements" ( collection Polder, décharge, 2007), "Photo de l'hôtel de la dernière vacance" (auto-édition, 2010), "Les designs charognes" (auto-édition, mai 2011), "Toujours pas" (auto-édition, 2011), "Messages dadadieu" (auto-édition, 2011), "Ma suie love" (auto-édition, juin 2011), "Le coco bel oeil du net" (éditions mi(ni)crobe, octobre 2011) et tout récemment "La partie riante des affreux" (éditions le Citron noir), co-écrit avec Patrice Maltaverne. Des textes de lui ont paru dans de très nombreuses revues parmi lesquelles Comme en poésie, Rétroviseur, Décharge, Traction-Brabant, Verso, Arpa, Microbe, N4728, Nouveaux Délits, Poésie Première, Liqueur 44... Aussi, quelques-unes de ses nouvelles ont été publiées dans les revues suivantes : Pr'ose !, Harfang, Les hésitations d'une mouche et Nouvelles revue Moderne. De même, on peut le retrouver sur le net dans les revues POD, Chos'e, La Belle-mère dure ainsi que dans la Revue des ressources. Enfin, Fabrice conduit avec beaucoup de talent, depuis février 2011, un bien chouette Autobus !


Perrin Langda est né à Lyon en 1983 et vit aux alentours de Grenoble depuis 2001. L'essentiel de son travail poétique cherche à saisir les contours de l'être humain, de l'amour, de la nature, ou encore, du béton armé, pour les inscrire au sein d'une chimie aléatoire de la réalité moderne : " Il faut considérer l'être pour ce qu'il semble / Une forme qui tremble / aux alentours du vide", écrit-il, en résumé.

Corinne Le lepvrier est née en 1964, à Brest, et vit maintenant à St Nazaire où elle dédie une part de sa vie à décliner l'acte sensible, confrontant et transversal d'écrire. Animatrice des ateliers d'écriture de l'association Matière à Mots, elle cherche ses formats dans une prose poétique. Elle a publié en revues (Verso, Lieux d'être, N4728, Contre-allées, 7 à dire, Comme en poésie...), revues en ligne (Terre à Ciel, Soc et Foc, Francopolis, le Capital des mots), a contribué à l'ouvrage "Se former par la recherche en alternance (Un voyage ou partir et revenir)" aux éditions l'Harmattan, collection Savoirs et cognition, et quelques recueils de poésie :
"Mes nuits au lieu(x) d'être" (éditions Encres vives, collection Lieux, 2011)
"La femme elle je" (éditions Rafael de Surtis, collection Pour une terre interdite, 2012)
"Il ne suffit pas d'un tas de cendres pour faire un homme" (éditions Le Frau, à paraître 2012)

Ferruccio Brugnaro est né en 1936 à Mestre (Italie). Il vit aujourd'hui à Spinea en Vénétie. Poète autodidacte à l'engagement social fort, il a gagné sa vie en travaillant comme ouvrier, dès le début des années 50. Pendant de nombreuses années il a fait partie du comité d'entreprise de Montefibre Montedison et pendant plusieurs décennies il a été l'un des initiateurs des luttes du mouvement ouvrier. En 1965, il commence à distribuer dans les quartiers, les écoles, auprès des travailleurs en lutte, ses premiers polycopiés de poésie, récits et réflexions. Il est l'un des premiers en Italie à distribuer de la poésie sous forme de tracts.

Aurore Guillemette est née en 1993 dans le Calvados où elle aimait, à ses heures perdues, marcher sous la pluie dans la forêt. A plume kaléidoscopique caractère cyclothymique : après avoir habité quelques mois sur Caen pour sa prépa littéraire et sa fac d'espagnol qu'elle a toutes les 2 lâchées dans l'année, c'est en Ile de France qu'elle s'installe pour se défoncer de ses passions artistiques (entre autres !) que sont la musique et l'écriture. Cette dernière , avant tout utilisée comme catharsis, s'est désormais affinée, et c'est à ses 19 ans, après 13 années de recherche d'elle-même qu'Aurore autopubliait "De(ux) coeur(s) à coeur" (février 2012) et "Supernova noyée dans l'Atlantique" (avril 2012). Quelques-uns de ses textes se sont aussi égarés dans la toute jeune revue Pierre d'encre. Aujourd'hui, la tête pleine de rêves, elle espère qu'ils deviendront un jour réalité, mais la vie l'appelle...

Thierry Roquet est né en 1968 à Rennes. Il vit actuellement à Malakoff. Parmi ses recueils et plaquettes publiés : "Pickles and Mustard" (éditions Bookinstinct, 2006), "Un bretzel entre nous" (éditions Mi(ni)crobes, 2007), "Tristana, d'un trait" (même éditeur), "Comme un insecte à la fenêtre" (éditions Gros Textes, 2011), "9 bureaux en quête d'employés" (-36° édition, 2011) et "Le quotidien du pain noir" (auto-édition, 2011). Par ailleurs, certains de ses textes sont présents dans les revues suivantes : Les hésitations d'une mouche, Décharge, Dégaine ta rime, Microbe, Mauvaise graine, Antidata, La femelle du requin,Verso et Les Etats civils.

lundi 25 juin 2012

Edito du n°9






 Photo de couverture - Rocher à la pointe du Grouin - par Philippe Simon




Réenchantons les mots

  Ah, ils en ont usé, abusé, des mots, pendant ces mois de campagne électorale ! Changement, maintenant, France, forte, frontières, valeurs, travail, nation, impôts, finance, calomniateur grand ou petit... Assez !
Les mots sont fragiles : à force de les crier, de les jeter dans des souffles d'invective, de les tordre dans des bouches plus ou moins bien intentionnées, ils perdent leur saveur, leurs odeurs, leurs valeurs, leur sens. Oui, leur vrai sens. Celui que nous leur accordons, celui qui permet de nous comprendre, de vivre ensemble, de se reconnaître en êtres humains.
  De grâce, respectons nos mots. Ils nous sont tous aussi indispensables que l'air que nous respirons, que l'eau que nous buvons, que la viande ou le fruit que nous mangeons, que l'amour dont nous nous aimons...
  Ils nous sont essentiels à la condition qu'ils restent le plus pur possibles, qu'ils soient francs, qu'ils soient encore mots d'hommes et de femmes. Non aux mots industriels, élevés en batterie, vendus à vil prix sous toutes les formes : frais, congelés, entiers, en morceaux, sous cellophane.
  Les mots sont notre seule chance de survivre. Nous le savons, nous qui écrivons. Alors, faisons la promesse, au moins ici, entre nous, de tourner sept fois notre plume dans nos mains avant d'écrire. Essayons de chasser tous les mots qui, malgré nous, sifflent comme des balles, portent en germes la bête immonde...
  Réenchantons le rêve des mots.

                                                                  Philippe Simon



jeudi 10 mai 2012

De belle circonstance

Enfin


Enfin
La France sent bon ce matin.
Sans illusion, mais parfumée.
La vie va, toujours plus forte.
Dans le chant des oiseaux du jardin
A nouveau
J'entends, j'entends siffler l'espoir,
L'envie d'y croire.
Partager n'est plus tout à fait un verbe.
Pensée magique ?
Certes.
Je n'ai pas retroussé les manches de ma chemisette,
Le travail est engagé.
Pour une société du sourire et de l'accueil.
Joli mois de mai.


                                Alain Leylavergne.

mercredi 18 avril 2012

Coquillette

Eric Cuissard a retrouvé le "i" que nous lui avions dérobé sur le blog ainsi que dans la revue. Mais notre ami n'en a pas pris ombrage. En témoigne le poème drolatique que cela lui a inspiré :


La perte de l'i


Mon nom n'est pas très beau
Il sent un peu la sueur
Le guidon, le boyau
Et autre dérailleur

Mais lui ôter son "i"
N'en fait pas un cadeau
"Cul sale" auraient tôt dit
Dans la cour, les marmots.

Un i que l'on néglige
Et vous voilà crado ;

Comme diminutif
Cui-Cui était le mien
Sans doute un peu naïf
Mais beaucoup plus serein

Et les gosses d'aujourd'hui
De l'i-mail, de l'i-mage
Ecrivent QI-QI
C'est un bel avantage

Identité sans i
Me voilà troisième âge

mercredi 11 avril 2012

Du lu ailleurs II

J'ai avisé un banc libre pour m'y asseoir dans ma fatigue.
L'heure du déjeuner coupe la journée en deux tel un dra-
me une vie.
Ce matin, il y a eu des conversations à tenir pour rester
dans le monde et les réunions au cours desquelles on s'ab-
sente de soi.
Viendront cet après-midi les heures infiniment lentes et le
jour qui ferme une à une ses fenêtres. Un coup de télépho-
ne, peut-être, comme une piqûre du dehors.
Où es-tu ? Que fais-tu ? Je te perds avec des inconnus qui
rançonnent ton absence. Nous partageons seulement la
lumière et le décompte des heures.
Un corbeau se pose sur le banc. Nous avons le même goût
pour le silence.
Ce soir, ne pas oublier de vivre.


Poème de Michel Monnereau paru, en mars 2012, dans le n°49 de Comme en poésie


Sur le bord de la route
Un groupe d'ouvriers en grève

Un groupe tassé
ils sont collés les uns aux autres

l'entreprise Garnier licencie
la moitié des cent travailleurs mis dehors

Ils fabriquent des meubles
Travail du bois / Aucune banderolle

Ces hommes enfin
Ces hommes dans la poussière

Revenus hors machines
Penchés dans leur réflexion

Comme on les entend
Debout dans le possible


Poème de Gérard Lemaire figurant dans le Verso n°148 - mars 2012

samedi 31 mars 2012

Des bouts de tas

la route est dangereuse
une voiture traverse lentement le faubourg
tu as peur
pour la fille qui la conduit
alors que les lumières de l'aube
ne sont pas encore éteintes en entier

tu crains les contours imprécis
comme des plumeaux balayant la poussière
en cette atmosphère humide
qui permet de freiner
dans une plaque de pluie rance

par la vitre de la voiture
fume la fille en troisième
pas moins évanescente que le dehors

seule sa vitre abaissée
dessine un espace net et noir
celui dans lequel tu rêves de te précipiter
comme une aile fantôme
avinée par la rivière descendante
sous le pont

Patrice Maltaverne - Tas de mots n°8 - printemps 2012

samedi 24 mars 2012

A propos de quelques mauteurs du n°8

Eric Cuissard, écrit dans la Creuse, près de Gueret, "là où la mer est verte et produit des châtaignes". Il a publié en 2010 un recueil de poésie "Angle des cris purs", aux éditions Books and demand.
"L'automne s'étire
En lumière tachetée
Ou bien est-ce mon pleur
Lacrymale kaléidoscope" dit-il.

Fabrice Farre est né le 7 novembre 1966, à Saint-Etienne où il est aujourd'hui fonctionnaire d'Etat. Il consacre une thèse à la poésie contemporaine (Lettres et civilisations étrangères) et traduit les poètes tels que Lorca, Montale... Parmi les revues qui ont publié ses textes, citons Décharge, Libelle, Comme en poésie, Pyro, Microbe, Traction-Brabant. En outre, Fabrice figure dans l'anthologie "Visages de poésie - tome 6" réalisée par le poète et illustrateur Jacques Basse (éditions Rafael de Surtis - 2012).

Olivier Le Lohé est né en 1987 à Trappes. Il vit actuellement dans le quartier de la chapelle à Paris. Thermicien de profession, il pratique sa passion, qui est la poésie, dès que le temps le permet. Des textes publiés dans les revues "Comme en poésie", "Libelle", "Neiges" et "Xero".

Claude Le Roy est né dans l'Orne en 1937. Il réside près de Caen, à Bretteville-sur-Odon. A fondé et dirigé la revue Noréal, de 1972 à 1995 (100 n°). Anime à Caen, depuis 1990, un club de poésie : le Cercle André Druelle. Il est notamment l'auteur de plusieurs biographies de poètes dont celles de Louis Bouilhet et de Saint-Amant.

Patrice Maltaverne est né en 1971 à Nevers. Il a publié des poèmes dans une vingtaine de revues ainsi que plusieurs textes, entre 1999 et 2008, dont "Sans mariage" ( collection Polder de la revue Décharge), "Merci pour la musique" (Editions Gros Textes) et "Souvenir d'une ville illégitime". Plus récemment, "Prélude à un enterrement de la lune" (-36°édition, 2010). Enfin, il anime le poézine Traction-Brabant depuis janvier 2004.

Jean-Baptise Pedini est né en 1984. Il vit et travaille en région toulousaine. Plusieurs plaquettes et recueils publiés : Hors la ville ( Guy Boulianne éditeur- 2006), Ombres à moudre (-36°édition - 2009), Peut-être à minuit ( même éditeur - 2010) , La légèreté des cendres (Clapàs - 2010), et tout récemment Vide alentour chez Encres Vives (2011), tandis qu'un recueil intitulé Prendre part à la nuit devrait sous peu voir le jour dans la collection Polder animée par Claude Vercey.

Thierry Radière est né en 1963 à Monthois dans les Ardennes, passe son enfance et son adolescence dans la partie septentrionale de la France avant de migrer, en 1994, en Vendée où il s'installe et travaille comme prof d'anglais. S'il ne se souvient plus comment et à quel âge exactement il s'est mis à l'écriture, une chose est certaine pour lui, c'est que le plaisir, qu'elle lui procurait - alors qu'il était encore enfant - et qu'elle continue de lui donner, est à l'origine même de son obstination à poursuivre ses recherches. Son travail est à la fois romanesque et poétique.Il se sert de la prose pour enrichir sa poésie et vice versa, mais prend toujours le parti de mettre en scène des personnages invisibles, transparents, banals, ordinaires, souvent en quête de quelque chose d'impalpable, au bord du gouffre, en équilibre instable dans un quotidien obsédant et sur le point de vaciller dans le vide mais rattrapés au dernier moment par une partie d'eux-mêmes - et c'est cela qu'il aime particulièrement décortiquer et regarder à la loupe dans chacun de ses poèmes.
A publié un recueil de nouvelles "Nouvelles septentrionales" , en mai 2011, aux Editions du Zaporogue et un petit roman "Le Manège", en février 2012, chez ce même éditeur.

dimanche 18 mars 2012

Edito du n°8



    Photo de couverture : Intérieur de pigeonnier - Anne Forest





L'aventure continue


Des tas de mots. Pas forcément des mots en tas et encore moins des lettres perdues.
Une aventure née de la douce folie de jeunes voyageurs et qui prend corps, entre le bucolique des fleurs champêtres et le salut des âmes égarées.
Chacun apportant son alphabet imaginaire, l'espérance servant de catalyseur, prend forme après le tas, la tour, la montagne. Seul, une fois le sommet atteint, il sera possible de caresser les étoiles. Il nous faudra cependant gravir  les pentes de l'inconnu. Comment ? En nous faisant connaître par des lectures publiques de nos textes, en participant aux différents salons du livre et de la poésie. Le samedi 10 mars nous serons à Caen-Venoix entre 14 et 18 heures. Le dimanche 25 mars nous devrions participer au Printemps de Durcet. Début juin aura lieu le salon du livre à Alençon.
Cependant, toute aventure humaine a un prix. Il nous faudra recueillir une adhésion plus massive à notre association pour financer nos futurs projets, les nouveaux numéros de la revue, des anthologies de nos poèmes, des recueils d'auteur.
En ce début de l'an de grâce de 2012 voici déjà le n°8. Que les nouveaux auteurs soient les bienvenus et les anciens gardent bon pied bon oeil, enfin, que la lecture vous soit toujours plus agréable.


Carlos Tronco

lundi 27 février 2012

La revue salonne !

Notre revue participera
au Salon de poésie organisé
 par la société des Ecrivains Normands
et la Maison de Quartier de Caen-Venoix*
 le samedi 10 mars prochain
( de 14 h à 18 h)

*  18, avenue des Chevaliers 

Contact :
Claude Le Roy (claude.lr@orange.fr)








.... et sera présente également
qui aura lieu
les 23, 24 et 25 de ce même mois :























lundi 20 février 2012

Du lu ailleurs

... des parallèles poétiques :

Cimetière

Mes gencives nues claquent 
Sur un sandwich au vent
Trop d'hivers dans le sang
Et de misères en sac

Sur un épais carton
Je tremblote mes nuits
Et y cogne ma vie
A grands coups de canon

A l'ombre d'une bière
Les fossoyeurs s'agacent
Au son des dents qui cassent
Sur un gâteau de pierre

Xavier Le Floch - Revue Gros Textes, arts et résistances n°4 - novembre 2011



Moins

froid pince
froid pique froid mord

la même peau d'homme

dedans dehors

la même chair d'homme

dedans dehors

froid endort
froid tue

dehors dehors

                      
                      février 2012


Jacques Morin - extrait de ses Circonstancielles - site de la revue Décharge


+

Laide étoile


Froidure,
gelure,

carton
béton,

dessous
un sans-le-sou :

oui, c'est souvent là,
à la laide étoile
qu'elle mirlitonne fort,
la mort.


1er décembre 2010.

            
Morgan Riet



dimanche 19 février 2012

Des bouts de tas


Dessin de Jean-Marie Cador - tas de mots n°4



Rom, l'unique objet de ma lumière

En ce jour d'automne
Il me suffit d'un soupir
Pour te pleurer
Une larme
Pour te chanter
Tu divagues nos rires
C'est l'expense de l'âme
Qui m'extasie

Mais quelle conscience à venir ?
En ce char à bia ?
Diras-tu mes mots
Doux
D'où sinon de là ?

                     EUX, les rejets
Les abjures
Les insultes
Les excluses

                    EUX, les amalgames
S'en fichent des errances
S'en fichent des espoirs
S'en tapent et vous frappent
Depuis leurs rictus
Aux parfums
De mort sûre !

                    EUX, les décideurs
Décrètent indésirables
Vos projets d'amour
Peuples magnifiques
Et rentifient l'espace
Et ça leur apporte
La gouvernance
facile
D'être paraissent-ils
Ainsi
Méca niqueurs du réel !

                    Pauvres décideurs !
Mais vos mots sont mon chant
Vos mots sont ma langue
Je la descelle
Je l'envie,
Je l'engrosse

Vos errances
Nos espérances
Clament la joie d'être

                   (Est-ce assez simple dit comme ça ?)

Chers errants ?

Vos rythmes musiquent ma vie
Je l'apatride et la rime
Aux sonorités de l'espoir
Le souffle c'est vous
Et ça se joue
De la bêtise identitaire
Toujours sédentaire


Alain Leylavergne - même tas - printemps 2011



Nos yeux, nos mains, bien sûr notre âme
Nous ne sommes que des miroirs
Miroirs de nous, miroirs des autres

Je vois avec des yeux de femme
Tu vois le blanc où est le noir
Nous sommes parfois des apôtres

Piégés dans le palais des glaces
Aveugles les yeux grands ouverts
On se cogne contre soi-même

Si on osait se voir en face
Sortirait-on de cet enfer
Et en sortirait-on indemne

Qu'on soit le reflet ou l'image
On se veut autre on n'est que soi
Et les miroirs nous multiplient

Comme le désert nos mirages
Comme les échos nos voix
Et comme les morts notre vie


Philippe Simon - même tas itou


lundi 6 février 2012

Des bouts de tas

Ne pas plonger

Les baïnes
invitent à
venir se
lover contre

le sein du
Tout d'ici
à nager au
risque de 

vivre en
l'absolu
monochrome
de l'Atlantique

Il faisait trop froid
en ce printemps
blanc et anthracite
pour m'oublier


Vincent Motard-Avargues - tas de mots n°7 (hiver 2011)




Des pas


Des pas
M'ont conduit jusqu'à la mer
Des pas hésitants.


Dans le sable, s'enterrèrent
mes pieds.


Je cherchais dans les vagues
L'origine de la vie.
Le pourquoi de la vie
Prétendais-je trouver...


Dans les marques des pas que je 
suivais
et disparaissaient aussitôt.


Car la mer
Sans pitié, aussitôt les effaçait.


J'ai cru qu'une Déesse
me conduisait
mais seul, au pied des vagues
Je n'ai trouvé rien d'autre que le
néant.


Ensuite j'ai remarqué
Que je tournais en rond.


Je suivais un chemin
que j'avais déjà foulé.


Et les marques, maintenant
celles des semelles déjà usées
n'étaient rien d'autre
Que les blessures de mon propre
passé.


Carlos Tronco - tas de mots n°1 (été 2009)





lundi 2 janvier 2012

Edito du n°7

Comment ça va ?

Comment ça va ? Question banale qui en a usé plus d’une
(voix) jusqu’ à la corde… Et pourtant, par je ne sais quel
miracle, Il arrive qu’on parvienne à la faire vibrer autrement.
Oui, quelque chose, quelquefois, tremble entre les mots ruminés
; quelque chose de ténu, mais essentiel, de toute évidence,
pour nous tenir ainsi à-bras-le-coeur et n’en finir pas de
vagir, dans nos veines, depuis les brumes de la prime enfance…
Et la réponse alors prend la forme d’un poème qui
tente d’interroger la vie, le monde autour et en soi : questionnements
sans fin, attendu que, comme chacun sait, l’appétit
vient en écrivant !
Ce n’est certainement pas, d’ailleurs, ce qui manque aux
auteurs venu(e)s, parfois même de très loin (Québec, Hongrie…),
avec leurs tonalités et semelles de vent diverses, enrichir
et grossir ces nouveaux Tas de mots.
À vous, maintenant, chers lectrices et –teurs, de vous pencher
dessus, de creuser, pelleter voyelles et consonnes en tous
sens. Et formulons le souhait qu’ils en feront, dans vos imaginaires,
des montagnes !
Bref, bon voyage.

Morgan RIET