mercredi 11 avril 2012

Du lu ailleurs II

J'ai avisé un banc libre pour m'y asseoir dans ma fatigue.
L'heure du déjeuner coupe la journée en deux tel un dra-
me une vie.
Ce matin, il y a eu des conversations à tenir pour rester
dans le monde et les réunions au cours desquelles on s'ab-
sente de soi.
Viendront cet après-midi les heures infiniment lentes et le
jour qui ferme une à une ses fenêtres. Un coup de télépho-
ne, peut-être, comme une piqûre du dehors.
Où es-tu ? Que fais-tu ? Je te perds avec des inconnus qui
rançonnent ton absence. Nous partageons seulement la
lumière et le décompte des heures.
Un corbeau se pose sur le banc. Nous avons le même goût
pour le silence.
Ce soir, ne pas oublier de vivre.


Poème de Michel Monnereau paru, en mars 2012, dans le n°49 de Comme en poésie


Sur le bord de la route
Un groupe d'ouvriers en grève

Un groupe tassé
ils sont collés les uns aux autres

l'entreprise Garnier licencie
la moitié des cent travailleurs mis dehors

Ils fabriquent des meubles
Travail du bois / Aucune banderolle

Ces hommes enfin
Ces hommes dans la poussière

Revenus hors machines
Penchés dans leur réflexion

Comme on les entend
Debout dans le possible


Poème de Gérard Lemaire figurant dans le Verso n°148 - mars 2012