dimanche 23 décembre 2012

Du lu ailleurs IV

La barre de la douleur

                                          I.M. Jacques Simonomis


Sa voix est de neige
sous la fourrure des mots
Son silence
en nous
                       voyage

Il faut passer la barre de la douleur
pour connaître les vagues
                   du souvenir

Ne plus entendre
contre la coque des jours
que le clapotement d'eau claire
d'une parole apaisée


Poème de Jacques Taurand publié dans le n°150 de Verso - septembre 2012.




Après-midi parachute


16 h et des poussières
coma artificiel
sur le canapé
les ombres de dehors
violent la tapisserie
les yeux sont imparfaits
les gestes manquent d'amour
Se réveiller au milieu de l'après-midi
est une chute dans le vide
et un parachute
qui ne s'ouvre pas

Poème de Guillaume Siaudeau dans le n°74 de la petite revue belge Microbe - Novembre-Décembre 2012.



La rumeur des vagues et
En contrepoint
Le cri des mouettes.
Rien.
Rien d'autre que
L'eau qui flue
Et des oiseaux qui piaillent.
Rien d'autre.
Là réside le secret.


Ma Bretagne,
C'est l'eau,
         La pluie,
         La boue,
Avec des lambeaux de ciel
Pris dans les flaques,
         Et ce grand vent fou
Qui nous dit notre dérisoire.
C'était les chemins creux,
         Les chênes têtards
Qui nous dictaient nos pas.
Ils ont tout rasé,
Il est trop tard.

Nous ne savons plus la route.


Poèmes de Yves Le Marchand parus Les Cahiers de la rue Ventura n°18 - décembre 2012.



Le "déjà vécu"


Il y avait ces jours de grand beau temps
quand je venais vous rejoindre
à la plage en fin de matinée.

Vous étiez partis devant
et je devais repérer sur le sable
vos serviettes vos sacs et le rouge
de notre vieux parasol Coca Cola.

La mer était basse
je cherchais à vous apercevoir
tout là-bas au bord de l'eau
entre les mares et les rochers.

J'aimais prendre le temps
de regarder la vaste étendue
les belles routes lumineuses
des ruisseaux de midi.

Quand j'apercevais vos silhouettes
je n'étais pas pressé de vous rejoindre
et je comptais - une fois de plus -
les marches de l'escalier de la plage

avec cette impression de "déjà vécu"
troublante et familière
que je sentais venir en moi
comme une sorte de bonheur.


Poème de François de Cornière extrait de "Nageur du petit matin", suite de poèmes parus dans le n°155 de Décharge - septembre 2012.