dimanche 24 février 2013

Du lu ailleurs V


La guerre nous apprend
A s'accrocher à un moment de quiétude
Comme si c'était une vie entière
Et à planter nos rêves d'enfance dans la terre
Avant de fuir avec nos corps


Poème de Khaled Youssef paru dans le n°112 de la revue Friches



Je sais qu'aujourd'hui n'atteint pas, comme
je le voudrais, le souvenir des fleurs si
blanches des cerisiers, qui flâne dans ma
mémoire, lorsque avril, à tue-tête, avec
les oiseaux, changeait l'école où je vivais

en pays de cocagne, en petits pays de joie
où la terre amoureuse fumait avant le soleil
entreprenant des matins, je sais qu'aujourd'hui

n'est que le miroir infidèle de l'autrefois
profond où s'allumait mon existence, parmi
les chants de l'aube et les ombres fuyantes
qui cédaient leur place à la lumière. Suis-je
allé plus loin, dans ma vie, que les forêts
et les prés qui cernaient mon logis ? Suis-je

allé plus loin au-devant du monde ? Jamais.
C'est à ces lieux modestes et sacrés que je
dois l'infini qui m'obsède et les mots

fraternels qui hantent mes poèmes.


Poème de Richard Rognet paru dans la même revue.




carte d'altérité & passailleurs

je n'ai plus de papiers monsieur l'agent
je le jure
je les ai tous brûlés monsieur l'agent et vous voyez
j'existe encore
je le jure
que je décline mon identité ?
mais je ne ressemble à personne ni à rien d'autre que moi
monsieur l'agent je le jure
mon nom ?
aucun ne m'appartient vraiment vous savez
comme je ne veux pas d'ennuis
que les autres se servent d'abord monsieur l'agent
ma date de naissance ?
je suis en train de m'inventer un calendrier
il y a le julien le révolutionnaire le grégorien il y aura le mien
comme ça
le pourrais la choisir monsieur l'agent
ma nationalité ?
et pourquoi pas un numéro tant qu'on y est
je suis né d'un père vagabond et d'une mère bohémienne
je suis né sur un coin de frontière bien à personne
comment ça n'existe pas ?
mais qu'est-ce qui n'existe pas monsieur l'agent ?
vous saluez un drapeau
c'est pourtant mieux en torchon qu'en linceul
faut dire que je préfère m'asseoir dessus qu'être couché dessous
il y a une chance qu'on m'oublie
monsieur l'agent ?

Poème de Nicolas Panabière paru dans le n°151 de Verso




Fragilité des seuils

        Je rentre du travail, mon sac en bandoulière. Comme mon père sa
musette de maçon. Cinquante ans séparent ce geste partagé.

        Une femme nous attend avec le soleil du soir.

        Je reviens dans ma vie du matin, au-delà des ruades du quotidien. Je
retrouve mes frères en chantier, le pigeon sur le rebord de la fenêtre en face et
la peur de ne pas avoir le temps d'aller au bout de moi-même.

        La nuit fermera trop tôt sa main sur nous.


Poème de Michel Monnereau paru dans le premier n° de la revue 17 secondes




Chute des paupières

Il est tard
la télé parle
pour ne rien dire
J'attends
depuis des heures
L'impatience est une
serrure sans clé
Mes paupières tombent
quand soudain
la sonnerie
du téléphone
les rattrape


Poème de Guillaume Siaudeau, même revue.



Avant

Il y avait
La découverte
Des questions toutes neuves
Des images à soi
Des idées pas toutes faites
Des choix un deux trois
Ce sera toi
Une rêverie patiente
Une détermination innocente
Un regard qui en disait
Long
Des paroles qui disaient
Court
Des instants à expérimenter
Du fugitif
De l'éternel
Des reculs à inventer
Des espaces à créer
Mais ça
C'était avant


Poème de Jany Pineau dans le n°9 de L'Autobus (2 euros, le n°, à commander à l'adresse suivante : Fabrice Marzuolo -28 rue Georges-Pompidou -77380 Combs la ville).

1 commentaire:

  1. Je viens de découvrir votre blog et j'y ai lu de bien jolis poèmes... tout en légèreté, en vérité, en instantané comme des photos, des bouts de vie, des tas de jours mis en mots

    Bravo

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