samedi 15 juin 2013

Des bouts de tas

Les  déchets

Pendant la semaine de Pâques, le jeune poète, déguisé en clochard, fit la poubelle du grand écrivain qu'il admirait tant, espérant y trouver des brouillons, des premiers jets, des pages abandonnées, déchirées ou froissées de son oeuvre en cours. Mais la grande poubelle grise en plastique ne contenait que des papiers gras, de la nourriture avariée, des boîtes de conserve, des pots de yaourts, des canettes de coca-cola, des préservatifs usagés. Le troisième jour, il découvrit - entre des épluchures et des viscères de poisson - un mince livre maculé. C'était un recueil de poèmes, publié à compte d'auteur, envoyé par un jeune poète au maître, "en témoignage d'admiration", comme l'indiquait la dédicace.

                                                                Jean-Jacques Nuel - tas de mots n°12




Idiot

Des fois,
je me dis
qu'on
doit me prendre
pour
l'idiot du village,
étant le seul,
ici,
à sourire
aux nuages.

                                                                 Ludovic Joce - même tas



Il

Il fait jour, dit-on en français.
On ne sait pas qui c'est, il.
On ne sait pas ce qu'il fabrique pour faire jour.
On dit il fait nuit, aussi.
Il l'a fait hier. On suppose qu'il le fera encore aujourd'hui.
Il fait, il faut, il vaut mieux, il se peut, il paraît, il y a, il arrive, il semble, il s'agit : qu'est-ce qu'on ferait bien sans lui ?
Dans le journal, je lis qu'en plein Pacifique, au large de la Nouvelle Calédonie, un bateau est passé par un endroit où, selon Google Earth, il y avait une île, l'Ile de Sable. Sauf qu'elle n'y est pas. Pas un grain de sable, pas de palmier, rien que de l'eau. Le bateau est donc passé à travers une île inexistante au milieu de nulle part.
Quand on dit qu'il fait jour, est-ce que le il, c'est comme ça ?
Un il au milieu de nulle part qui n'existe pas ?
Mon frère, lorsqu'il apprenait le français, disait elle.
Elle pleut, disait-il.
Mais ça ne changeait rien.
Il pleuvait quand même.

                                                              Denis Hirson - même tas


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