mardi 29 octobre 2013

Du lu ailleurs VI

Pour solde de tout compte

Blues du constat

Tant de temps pour devenir soi-même
Tant de temps pour se tenir debout
Et voici l'Autre qui s'apprête à faucher.

Il a fallu longtemps avant d'enlacer le bonheur
Il a fallu longtemps avant de nous trouver
Et la mort campe déjà sous nos fenêtres.

Quel désolant voyage que la vie
Quels décevants visages que ceux des jours
Non je ne voudrais pas les recommencer.

Pourtant je crains de nous perdre à jamais
Pourtant je m'attarde dans tes bras
Et voudrais encore m'y attarder demain.

Faible est la chair et vacillant l'esprit
Faible est l'espoir mais indéracinable
L'illusion de notre immatérielle importance.


                Poème de Jean-Marie Alfroy paru dans le n°53 de Traction-Brabant.




mésange


Retrouver un peu de légèreté, sans doute, et de candeur, coeur jaune, aile bleue. Un vol limpide et le goût de l'effraction de l'air. L'absence de noirceur dans le noir de la pupille. Une présence prompte, sans pesanteur, se jouant de l'intrication des choses, des branches.


               Poème de Antoine Boisseau paru dans le n°159 de Décharge.




Identité 2

Comme elle est longue
la corvée d'être soi.

Je traîne mon coeur
comme un boulet.

Je suis un vieux chapeau
de prestidigitateur
d'où sort tantôt un lapin
tantôt une colombe,
à la surprise générale
mais pas à la mienne.

Je sais que je ne peux pas
changer de numéro
alors je change de spectateurs.

Plus on me connaît
moins je fais illusion.

       
             Poème de Marie-Anne Bruch publié dans le n°153 de Verso.



Alzheilmer d'enfance

Il  y a trop de trous dans le Temps
Tous les enfants le savent
c'est pourquoi ils les comblent
de rêves

Il y a trop d'oubli dans la vie
Tous les enfants en savent
quelque chose c'est pourquoi
ils veulent grandir

Il y a trop de savoir dans l'Enfance
c'est pourquoi les adultes
en ont peur : les enfants savent tout
parce qu'ils devinent

que les grands ont des trous de Mémoire
des trous de Rêve et d'innocence
et qu'ils les comblent
de Vide.


Poème de Roland Nadaus, même revue.