vendredi 26 septembre 2014

Des bouts de Tas

Extrait du cadastre

Ma propriété privée n’a d’abord été qu’un bien mince territoire, dont les limites n’excédaient pas celles de mon ombre portée au sol en plein midi. Si je me suis étendu depuis par cercles concentriques jusqu'à la circonférence de la terre, puis, franchissant cette ligne, jusqu'à la surface entière du globe, cet empire ne représente rien dans l’univers infini, et je vais maintenant passer à la phase 2, plus ambitieuse, de mon projet – dont je reviendrai vous parler dans quelques milliers d’années.

                                                                       Jean-Jacques NuelTas de mots n°16



Vieillir, c'est ce qui arrive aux vivants


Elle dit que vieillir c’est moche
que les vieux sont moches
qu’elle voudrait mourir jeune
elle parle d’accident
sans y penser vraiment
j'aimerais lui expliquer
que les plis autour des yeux
sont la cartographie de nos sourires
mais est-ce qu'elle comprendrait ?


                                                                     Marlène Tissot - même Tas



L’affreux Jojo



                 Canons sifflés.
                 Canon scié
                 de son fusil de chasse.

Ce jour-là,
il y partit déterminé,
le foyer devenu
giboyeux
dans sa cervelle
d’affreux Jojo[1].

Ce jour-là
du mois de novembre
de mes huit ans,
la meute folle
qui bouillait derrière ses yeux
exorbités
parvint à fondre
sur l’une des proies
qui tentait de fuir :

                 un trou
                 dans le dos
                 de la femme
                 avant celui
                 dans sa chienne
                 de boîte.

                                                     Morgan Riet - Tas de mots n°15


[1] Surnom que l’on donnait au compagnon de ma grand-mère maternelle.





J'ai un petit-fils
Quelque part dans le monde
Je ne sais où
Il vit bien loin de moi
Il ne sait rien de moi

Je l'aime tant et pourtant
Si nous nous rencontrions
Il ne me reconnaîtrait pas
Je ne le reconnaîtrais pas
Je lui envoie des jouets
Des cartes des poèmes
Et ces sourires
Qui cachent les larmes
Il ne les reçoit pas... peut-être
Ne me répondra jamais... peut-être
Et un jour
Tout doucement
Le papy inconnu
S'effacera comme une photo vieillie
Que jamais
Le petit Robinson n'aura tenue entre ses bras câlins

Extrait de « Poèmes pour Robinson » à paraître chez Soc et foc en 2015


                    Guy Allix - même Tas



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