lundi 1 septembre 2014

Tas de mots n°16

Après la pluie... le beau Tas !


























                                           Photo de couverture : Morgan Riet 




Les tas c’est nous

Ne parlons plus des mots, ne leur faisons plus confiance, ils suivent leur petit bonhomme de chemin en quête d’une langue nouvelle, commune, dans tous les sens du terme.
Les mots du français trahissent notre mémoire. Qui se souvient encore de nos antiques onomatopées à l’heure des rugissements internautes : ainsi, « bling » n’évoque plus le cristal qui se brise mais, doublé, le bégaiement du luxe arriviste.
Et il en va ainsi au grand désespoir de nos puristes, nos gardiens et gardiennes attentifs du patrimoine, nos aigris des sons nouveaux, des mots rapportés, bref la très sélecte et confidentielle communauté des amoureux et contempteurs de la Pure Langue Française.
« Tout fout l’camp , mon bon môssieur ! », se désolait cette caricature de franchouillard dessinée dans mon magazine « Pilote ». Déjà, à l’époque, « Super Dupont » s’en allait réparer les offenses faites à la langue, à nos principes cocoriquesques.

Mais que sont nos mots devenus ?
Ils se tapissent dans l’ombre des angoisses et se jouent de la grammaire sous les couettes de nos amours interdites.
Nos mots s’étalent au rythme des émotions sens-dessus-dessous.
Il n’est qu’à lire les phrases de nos enfants : au rythme des ans le texto s’allonge, il explose ses acuités : « tu fais quoi, ce soir ? »

Ce soir je t’aime la vie, ce soir je me foote de l’orthodentiste qui m’a férraillé la langue. Je tatoue mes lignes de fuite et j’expérimente le non-sens.
Les grincheuses et grincheux du « Langage » ont-ils oublié que nous fûmes d’abord créoles avant d’être grammairiens ? Que notre langue « le François », avant de s’adouber sous le glaive de Villers-Côteret fut d’abord un magnifique espoir de folies verbales ?

Les aristos, par haine du peuple, ont fixé la langue dans leurs exceptions et nous avons dû, générations après générations, passer sous les fourches caudines de ce foutu participe passé qui s’accorde ou pas etc… Règle affligeante inventée par un « amoureux de la langue françoise », Clément Marot, par ailleurs si merveilleux poète, afin de plaire à cette ganache de François 1er. Cela devait lui rappeler l’Italie (eh oui, chers amis Transalpins il paraît que vous aussi vous avez une règle d’accord ou de désaccord).

La langue Françoise tout occupée à ces subtilités s’est coupée du peuple des enfants et, ce jour, ne voit toujours rien venir des grands mouvements de la vie.

Notre revue « Les tas de mots » se rit des subtilités langagières, et sans faute si possible, continue à marteler cette évidence : laissons la vie s’emparer  de la poésie.
L’état des mots ne nous fait pas peur.
Les tas c’est nous.

Alain Leylavergne