Quelques poèmes de Carlos TRONCO

Qui est Carlos TRONCO?

Né en Angola, Carlos revendique sa double appartenance au monde lusophone et francophone.
Enseignant à Caen, il écrit et publie dans ses deux langues, le portugais et le français.
Carlos est membre fondateur de la revue « Les tas de mots ».
Sa poésie est un chant à la sensualité des mots. Il écume nos océans intérieurs et, tel un capitaine de caravelle, il nous invite à la découverte des vérités enfouies, simples et « logiques »: le voyage, l'errance c'est d'abord la ballade quotidienne d'un regard toujours neuf sur le monde, un éveil. Sa poésie se rythme se ponctue, telle une salaison goûteuse. A consommer sans modération accompagnée d'un verre de «vinho verde » ...


Vagues
L'écume
Cette dentelle
Qui flotte au dessus des flots
Comme la semence
Qui vient fertiliser
La mer stérile
C'est peut être ça l'amour
La dissolution
D'un être en son élément

Ondas

Espuma
Renda
Na crista das águas
Como semente
Que vem fertilisar
O esteril mar
Talvez seja isso o amor !
A dissolução
De um ser
No seu elemento


Berger de cailloux
Il est presque 6 heures du matin
On aperçoit encore l’étoile du berger
J’ai sept ans
Mon père est mort au début de l’hiver
Pneumonie
On disait qu’il y avait déjà des médicaments
Mais, comment aurait-il pu
Payer le médecin
Et la pharmacie
Sans enlever le pain de la bouche
De mes cinq frères plus jeunes
Le plus âgé, Julio, Dieu ait son âme,
Avait deux ans de plus que moi
Il a hérité du troupeau
Il allait par monts et par vaux
Entre rochers et loups
La nuit entière…
Maintenant, il faut que je lui apporte
Un morceau de pain noir
Une poignée de figues sèches
Et un coup de rouge
Pendant que Julio dormait
C’était moi qui m’occupait du troupeau
Je n’allais plus à l’école
Autrement, je serais arrivé en retard
C’est pourquoi, je ne suis allé que jusqu’en Cm1
Après…
Le curé voulait à tout prix
Que j’aille à Alcobaça
Il disait que plus tard je n’aurais
Pas la moindre difficulté
A entrer au séminaire
Mais,
Avec Julio attaché au troupeau
Et la mère qui avait cinq enfants encore dans les bras
Qui serait allé bêcher les patates ?
Tailler la vigne ?
Moissonner ?
Quand la nuit tombait,
Après avoir été cherché les vaches dans le pré
Je passais par la chapelle
Du Seigneur des affligés
Je le prierais, de me trouver un coulis
A amener jusqu’à Feces de Abajo.
On dit que la Guardia Civil
Tire sans sommation
Cependant
Il valait toujours mieux
Mourir de la contrebande
Que de mourir de faim.
C’était
A Tinhela
Canton de Valpaços
En 36.
Après, le temps continua de s’écouler
Salazar continuait à accumuler les lingots d’or…
C’était ainsi la vie de berger…
1954
Le granit pour compagnie et solitude pour maîtresse
La messe du dimanche comme seul spectacle de la semaine
Parfois un loup, ou deux, venait échanger quelques mots
Ou faucher un agneau
Cela dépendait
Le premier dimanche de septembre
La fête du saint patron à Valpaços
Les feux d’artifice comme seule promesse de bonheur
Venant du ciel
La paye de journalier ne suffisait même pas pour manger
Les moissons, c’était une seule fois dans l’année
Un jour le paquebot « Pátria » m’a emmené outre-mer
Dans le Trás-os-montes,
Les sauterelles étaient vertes
Malgré tout, j’ai refusé
La première assiette de crevettes
Dans l’estafette que m’emmena vers les plantations de café
Allait aussi
L’espoir
Je ne suis retourné dans mon village
Que fin 75, après l’indépendance d’Angola.
Le ciel était resté insipide
Trois jours après, j’immigrais en France
Jusqu’à aujourd’hui
Date à laquelle à peine deux mots
Résument une vie entière.



Lutte
Au commencement, il n’y avait que les ténèbres
Et le sombre cachait le ciel, et le ciel cachait les étoiles
Et les étoiles gardaient jalousement leur lumière.
ensuite, petit à petit, un pied devant l’autre
la musique, le chant lointain des tambours
la plainte douloureuse, des membranes étirées et battues
Se fit entendre.
Avançant inexorablement
Comme le temps qui s’écoule sans fin.
Quand le tamtam des tambours se tut
Les sons cristallins des flûtes et clarinettes
Se rendirent perceptibles.
Ce n’était déjà plus la musique
C’était l’espoir, c’était la vie
Qui jaillissait de l’au-delà
c’était la vague qui caressait
le sable insatiable d’une plage attentive
et une voix
Et ensuite beaucoup.
Avec la chanson,
Maintenant on percevait distinctement
Les cierges que chacun emportait
Depuis tant d’années, éteints
au plus profond de sa poitrine
Pendant qu’ils se trouvaient, seuls et loin.
Un premier a fait un pas
Et ensemble, ils n’étaient plus
Goutte timide de pluie
Mais une mer impétueuse.
Quelqu’un avait ajouté du sel, à l’eau
et fait de malheureuses larmes
Un océan Azur.



Les 2 blogs de Carlos :

en français :

http://jorgetronco.blogspot.fr/

et


en portugais :
http://troncocarlos.blogspot.fr/